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8 mai 2020 : le discours jamais prononcé


Chères Monsoises, chers Monsois,

Lorsque le présent est si pesant, peut-il laisser une place à la mémoire ? Lorsque le futur est si incertain, peut-on se retourner vers le passé ? Il n'y a pas d'oubli mais simplement un manque de place dans nos esprits ; il n'y a pas d'oubli mais simplement une absence momentanée ; absence devant notre monument aux morts, le dernier dimanche d'avril, pour le souvenir de la déportation, absence le 8 juin, pour l'hommage aux soldats tombés en Indochine, absence le 18 juin pour commémorer l'appel du Général de Gaulle, et surtout… absence le 8 mai pour la célébration de l'anniversaire de la fin du second conflit mondial.
 



Absence, non, pas tout à fait !

Ce jour, 8 mai 2020, avec le Président des anciens combattants, Claude Gery, nous déposons seuls une gerbe au square des combattants. Ainsi, la République, la Nation, notre commune ne manquent pas ce rendez-vous sacré depuis 1945. Plus que jamais peut-être, nous sommes les porte-paroles, les porte-drapeaux, les porte-recueillements de tous ceux qui, encore confinés, étaient habituellement, fidèlement avec nous.

Peut-être est-ce l’occasion de nous remémorer les circonstances exceptionnelles qui ont troublé voire empêché la nation de se ressembler autour de ses monuments aux morts érigés en mémoire des sacrifices et des sacrifiés de la première guerre mondiale. Cela nous ramène évidemment à la guerre 39-45, il n'y eut pas d'autres précédents depuis, avant ce 8 mai 2020.
 



Il y eut d'abord, le 11 novembre 1939. Ce jour-là, pour la première fois, c'est de nouveau un pays en guerre, des hommes redevenus militaires, qui s'inclinent devant ceux, de la génération précédente, ceux qui avaient fait la guerre dont on savait, ce jour-là, qu'elle n'était plus la dernière.

La paix est, en effet, morte au début de l'automne 39, là-bas à l'Est, avec l'invasion de la Pologne. L'armée française a été mobilisée, mais ses soldats n'iront pas mourir pour Dantzig. Durant cette « drôle de guerre », ils traînent leur ennui l'arme aux pieds le long de la ligne Maginot. Quand la guerre, la vraie, fit son irruption, ce fut brutal et terrible… Cela eut lieu en mai, le 10 mai 1940, le temps était beau mais les nuits fraîches, comme aujourd'hui. C'était, il y a, presque jour pour jour, 80 ans.

Le 11 novembre 1940, la France vit sous occupation mais beaucoup de Français ne s'y résignent pas. Ce jour-là, en fin d'après-midi, converge vers la place de l'étoile, devant la tombe du soldat inconnu, près de 3 000 jeunes, lycéens, étudiants ou jeunes actifs. On y chante La Marseillaise, on y crie Vive la France, Vive De Gaulle ou, plus subtilement Vive de… en brandissant deux cannes à pêche (des gaules). On y distribue des tracts sur lesquels on lit :
”Le 11 novembre 1918 fut le jour d'une grande victoire.
Le 11 novembre 1940 sera le signal d'une plus grande encore. [...]
Recopie ces lignes et diffuse-les.”


Le 11 novembre 1941, le général De Gaulle prononce un discours à la radio de Londres dans lequel il rend hommage à Georges Clemenceau : “Père-Ia-Victoire ! le soir du 11 novembre 1918, quand la foule, ivre de joie, s’épuisait à vous acclamer, vous avez crié les seuls mots qu’il fallait dire. Vous avez crié : « Vive la France! » Eh bien ! vous n’avez pas crié pour rien ! La France vivra et, au nom des Français, je vous jure qu’elle vivra victorieuse“.

Et le Général a tenu parole, la France et l'Europe retrouveront leur liberté le 8 mai 1945. Il y a aujourd'hui 75 ans.

Le 11 novembre 1942, alors qu'au travers la France, des patriotes accrochent à l'aube des bouquets de fleurs aux portes des cimetières militaires, Hilter, dans son obstination à humilier la France, déclenche l'opération Attila. L'armée allemande franchit la ligne de démarcation qui sépare la France occupée de la France dite « libre » depuis l'armistice de 1940. L'état français et ses dirigeants qui avaient déjà perdu honneur et dignité dans les affres de la collaboration, deviennent plus que jamais les vassaux du régime Nazi. Ceux-là iront rejoindre les rangs de la milice, alors que la France résistante gagne les maquis.

Ce sont justement les maquis de l'Ain et du Haut-Jura qui bravent l'interdiction de toutes les cérémonies commémoratives édictée par Pétain en ce 11 novembre 1943. Ce jour-là, le colonel Romans Petit, chef de l'armée sécrète de l'Ain fait défiler en armes 250 maquisards dans les rues d'Oyonnax. Devant une foule médusée mais qui relève la tête, il dépose une gerbe en forme de Croix de Lorraine au monument aux morts. Sur celle-ci est inscrit « les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ».

Le 11 novembre 1944, ce sont de nouveau des Français libres qui se rassemblent massivement devant les monuments des villes et des villages déjà libérés. Ces monuments portent les stigmates de cette guerre qui n'est pas encore tout à fait terminée ; de nouvelles listes de noms y ont été gravées à côté de celles de ceux tombés en 14-18.

La France, l’Europe, le monde viennent de connaître, en ce 8 mai 1945, une longue et douloureuse épreuve. Parmi ceux qui l'ont vécue, certains l'ont traversée, d'autres pas. Beaucoup d'entre eux connurent l'exode, l’exil, la faim, la séparation, la captivité, la misère, les camps, la déportation...

En ces temps-là, il y eut des matins d'espoir et des soirs d'accablement, des joies et des peines, des doutes et des erreurs, le pire des faiblesses humaines mais aussi le meilleur de ses vertus… Et, au prix d'efforts coalisés, des jours meilleurs sont revenus.

Même si nous en connaissons l'histoire, nous ne l'avons pas vécue et, même par procuration, nous ne pouvons en mesurer pleinement le rejaillissement sur ses contemporains.

Ce que nous vivons aujourd'hui est aussi une épreuve, différente évidemment mais une véritable épreuve individuelle et collective. Sans doute, comme toutes les épreuves, nous révèle-t-elle à nous-mêmes, dans notre humanité… puisse-t-on ne pas les oublier, ni l'une ni l'autre !


Claude Géry Président de l’association des anciens combattants,
Francis Bossut 1er adjoint,
Rudy Elegeest Maire de Mons-en Baroeul

 

La vidéo de la commémoration

Commémoration du 8 mai 2020


Si vous avez une difficulté d'affichage de la vidéo, vous pouvez visionner la vidéo sur la plateforme Youtube : https://youtu.be/Vz7r6ACZyy8